Extraits des livres

Extrait de "Princesse Félina" (tome 7)

Paru le 23 février 2012

 

Chapitre 8: Terrible nouvelle

 

C’est en courant que les Amazones rejoignent la grange vermoulue.

A peine ont-elles frappé que Peter leur ouvre la porte en leur faisant remarquer qu’elles ont traîné pour arriver. Elles parlent toutes en même temps pour raconter les chevaux emballés, les doutes de Mathias, la photo qu’il a sortie de sa poche.

- On verra ça plus tard, grommelle Peter en s’engouffrant dans le couloir souterrain menant sous la colline. Il y a plus urgent.

Quelques instants plus tard, le groupe débouche sous la voûte rocheuse de la grotte, éclairée par une douce lumière rosâtre, puis dévale la pente lavande qui descend jusqu’au palais.

- On a rendez-vous près du nichoir, commente Peter en contournant à grand pas le bâtiment. Il faut qu’on décolle aujourd’hui.

Les filles se lancent des regards intrigués. Aujourd’hui ? Aucun doute, il se passe quelque chose de grave !

Trottinant derrière le palefrenier, Athénaïs remarque que les lieux ont l’air calmes. Trop calmes. Où sont passés les Magyss qui s’ébattent d’ordinaire un peu partout ?

Déjà sellés, Ax, Io, Mu et Ji, leurs poneys, les attendent près de la grande tour blanche qui sert d’écurie aux chevaux ailés. Go, la monture de Peter, est également présente. Magéo fait les cent pas à leurs côtés.

- Vous en avez mis du temps pour arriver ! ronchonne-t-il. Ne traînez pas, vérifiez votre harnachement.

- Que se passe-t-il ? veut savoir Florine en réglant la hauteur de ses étriers sur les flancs d’Ax.

Les épaules de Magéo s’affaissent.

- C’est la reine, dit-il dans un souffle. Elle a été empoisonnée.

Face aux Amazones pétrifiées, Magéo fournit quelques explications complémentaires. Grâce aux soins prodigués par les Magyss , la reine est encore vivante mais paralysée.

- La pauvre ! gémit Lilou.

- Je vais zigouiller celui qui a fait ça, vocifère Jojo, occupée à ajuster son harnais.

- Vous savez comment elle a été empoisonnée ? questionne Athénaïs d’une voix blanche.

- En l’auscultant, nous avons repéré une trace de piqûre. Quelqu’un lui a injecté cette substance.

- Hé, Ax aussi avait été piqué en Chine ! se souvient Florine.

Peut-être ne vous rappelez-vous pas cet incident ? Lors d’une précédente mission en Asie, Ax avait été enlevé par des poneys noirs et séquestré. Alors qu’il était retenu prisonnier, il avait senti que quelque chose le piquer à la cuisse. Les dirigeants magyss avaient pensé à une prise de sang.

- Tu as raison, approuve Magéo. Le sang d’Ax a dû leur servir à fabriquer un redoutable poison. Il est à ce point efficace que l’organisme de la reine est incapable d’en venir à bout. Ses défenses naturelles ne suffisent pas.

Le directeur de la base précise que la mort de leur reine n’est pas l’unique menace qui plane sur les Magyss. Epona est la seule créature capable de créer le Grain Neuf, qui permet à tous les chevaux magiques de manger à leur faim. Sans Grain Neuf, pas d’orgebleu, cette céréale qui pousse sur Equïa, et qui constitue l’essentiel de l’alimentation des Magyss. La disparition brutale de la souveraine signifierait, une fois les réserves d’orgebleu épuisées, une famine effroyable pour les chevaux magiques.

- Qu’est-ce qu’on peut faire ? gémit Athénaïs.

Magéo leur parle alors de l’antidote.

- Nous ne connaissons qu’une seule personne  capable de créer cette substance, précise-t-il. Une guérisseuse très douée.

- Une créature d’Equïa ? s’enquiert Florine.

- Non, une humaine appelée Félina. Cette femme est la descendante d’une très longue lignée de guérisseuses, qui ont toujours su comment soigner les Magyss.

- Elle saura guérir Epona ? murmure Athénaïs,  pleine d’espoir.

Magéo répond par une question :

- Les Magyss sont déjà venus sur Terre, il y a très longtemps, tu t’en souviens ? A l’époque, les chevaux magiques ont livré une longue guerre contre les Malets, à laquelle des humains ont été mêlés. Plusieurs Magyss ont été empoisonnés, car les chevaux magiques ont toujours aimé agir dans l’ombre. Une guérisseuse humaine avait mis au point des potions pour guérir ces malheureux. De génération en génération, ces secrets sont restés dans sa famille. Aujourd’hui, la princesse Félina est la dernière guérisseuse.

- Une vraie princesse ? réagit Jojo.

A la demande de Peter, elle vient d’enlever son harnais, qu’elle avait enfilé à l’envers.

- La première des guérisseuses était une sultane indienne. Félina ne règne plus sur personne mais nous l’appelons toujours princesse. Il faut la retrouver. Elle vit au Népal.

Les filles ouvrent de grands yeux en comprenant qu’elles vont devoir se rendre au Népal… le jour même !

Si vous ne connaissez pas encore les chevaux magiques, vous vous dites sûrement que tout cela est bien étrange. Voici deux secrets, que vous seriez  gentils de garder pour vous. D’abord, les Magyss ont mis au point des portails aériens, qui permettent aux poneys ailés d’atteindre n’importe quel point du globe en moins d’une seconde. Ensuite, le temps ne passe pas à la même vitesse dans la base et hors de la base. Depuis que les Amazones ont commencé à écouter Magéo, moins d’une minute s’est écoulé à l’extérieur de la caverne.

-  Vous avez perdu sa trace ? s’étonne Florine qui, minutieusement, inspecte la sangle ventrale et le mors de son poney.

- Nous connaissons l’emplacement de son palais, caché dans la jungle. C’était aussi un sanctuaire, où la princesse recueillait des tigres du Bengale blessés par des braconniers. Bayard s’y est rendu hier avec quelques poneys magiques mais il n’a  vu personne. L’endroit semble abandonné.

- Pourquoi y aller, alors ? s’étonne Florine.

- Nous espérons que Félina a laissé un message là-bas en cas d’urgence. Bayard n’a rien vu mais vous êtes humaines, tout comme Félina. Vous pourrez plus facilement percer ses secrets.


 ***

 

Prologue des "Roses bleues de la licorne"

Un voleur chez la reine

De lui, on ne distingue que le blanc des yeux, et deux prunelles sombres cernées de vert, qui luisent dans la nuit. Le reste de son corps en enveloppé de noir.

Dans son gant, noir également, il serre un petit couteau, qui devrait suffire à forcer la protection. « Ils ne s’attendent pas à un vol au milieu de leur forteresse », lui a assuré l’espion.

Quelques instants plus tard, il tient effectivement l’objet sacré entre ses doigts. A quoi ce truc en forme de fleur peut-il servir ? Peu importe, ce n’est pas son problème.

Soudain, il sursaute. Une silhouette vient d’apparaître à l’autre bout de la pièce !

- C’est moi, chuchote l’inconnu.

Il se détend, soulagé. Il a reconnu la voix et l’allure de l’espion.

- C’est bon, je l’ai. Je file comme prévu par les escaliers ? demande-t-il.

- Non, il y a un problème, quelqu’un vient, souffle l’espion.

- Quoi ? Vous deviez vous arranger pour que les  gardes s’éloignent d’ici !

- C’est sans doute la reine.

- Je peux sortir par la porte principale ?

- Elle est gardée par des sentinelles. Il faut vous cacher. Venez, vite !

Ils entendent des bruits de pas qui résonnent sur les marches. L’espion désigne un soupirail, au ras du sol, protégé par une grille.

- Elle a été dévissée par précaution. Glissez-vous à l’intérieur.

- C’est trop étroit, pas question que j’aille là dedans, proteste-t-il.

- Vous n’avez pas le choix. Dépêchez-vous !

Il s’exécute à contrecœur, disparaît dans le sombre conduit. L’espion replace rapidement  la grille puis s’éloigne.

Une lumière rosée illumine la pièce. Majestueuse, la reine des Magyss pénètre dans la salle.

- Ah, vous êtes là ! S’étonne la souveraine en reconnaissant la créature qui lui fait face. A cette heure ?

- Un garde a cru entendre du bruit, mais je n’ai rien remarqué de suspect, réplique l’espion sans perdre son sang-froid. Je m’apprêtais à le rassurer.

La reine, qui  se dirige vers la porte principale en sa compagnie, ne remarque ni la grille posée de guingois contre le mur, ni  les autres traces du larcin.

Comment pourrait-elle se douter de quelque chose ? Il n’est pas facile d’imaginer la trahison d’un ami…